Tentations monochromes

La ligne, dont la forme la plus élaborée est l’écriture, met toujours en oeuvre la pensée.

Hors la pensée, faite de conditionnements divers, peut être un obstacle pour appréhender l’essentiel du message poétique.

Regarder sans penser, donc sans préjuger, permet un accès plus direct.

La couleur, ouvrant l’espace, facilite le lâcher prise et l’accès à l’oeuvre.

Espace sensible pur, la couleur nous permet d’aller au delà du tangible.

Ne possédant aucun contenu formel, elle devient une piste d’envol vers un espace infini.

La lumière blanche du soleil, contient toutes les couleurs.

Le peintre voit parfois ses couleurs s’animer d’une volonté de puissance pour atteindre une prééminence, parfois absolue, c’est alors la naissance d’un monochrome.

La couleur est un silence

la couleur est un silence

Regarder est un art.

Regardez sans penser, dans une totale immobilité mentale, vous accédez à un profond silence.

“Être à l’écoute de sa pensée, sans qu’intervienne la réaction de la pensée, tel est l’art d’observer, de dispenser une attention absolue: il n’existe pas de centre qui écoute …

Voici quel est le silence que j’ai cherché partout, dans les livres, auprès des maîtres et en moi-même.

J’ai trouvé bien des choses, mais cela, jamais.

Ce silence est survenu sans le rechercher. Ai-je perdu ma vie pour des choses sans importance?

Vous n’avez pas idée de ce que je me suis imposé: les jeûnes, les privations, la pratique de la vertu.

J’en ai compris l’inanité il y a longtemps, mais je n’ai jamais été en présence d’un tel silence.

Que dois-je faire pour me maintenir en lui, le laisser habiter mon coeur? … la volonté est inopérante en ce domaine…

En ce moment j’ai pleine conscience de ce silence sacré; à travers lui je vois les étoiles, les arbres, le fleuve.

Je comprends enfin ce que cela signifie. la béatitude que je cherche ne se trouve nullement par la quête.”

L’observateur est l’observé.

Krishnamurti

L’art du doute

l'art du doute

Un jour avec de tristes pensées:

  • à quoi bon tout cela?
  • suis-je vraiment un peintre?
  • pourquoi je peins?
  • pour quoi je peins?
  • pour qui je peins?

Je me suis dis que la meilleure manière d’arrêter ces pensées noires était peut-être de me mettre à les peindre.

Observer les couleurs et leurs effets.

Sortir un grand châssis tendu d’une toile blanche qui sentait l’huile de lin.

Ressentir à partir de cet instant le ralentissement de l’écoulement du temps.

Laisser s’installer le charme mystérieux de la blancheur de la toile, sa lascivité, son calme contagieux mais préfigurant peut-être de futurs corps à corps dans notre terrain de jeu.

Laisser naître une émotion venant de très loin; comme un appel d’une Lorelei invisible invitant, à se mettre à nu en se libérant de tout ce que nous sommes, de tout ce que nous savons, à se jeter à l’eau et à nager vers elle.

Se libérer du connu pour aller vers l’inconnu.

Laisser venir une nouvelle nage avec de nouveaux gestes engendrant de nouvelles formes.

Laisser s’échapper des cris de joie en voyant les choses se faire d’elles même.

Tout est seulement à découvrir et à contempler, il n’y a rien d’autre à faire.

Le voyage intérieur de ce jour là m’a un peu fatigué mais il m’a rendu heureux en me faisant redécouvrir que tout cela était bon, que peindre engendrait une libération du temps et permettait d’accéder à cet état de grâce qui s’appelle la pensée joyeuse.

Je peins donc je suis

je peins donc je suis

Peindre c’est donner naissance à quelque chose qui vient je ne sais d’où pour aller je ne sais où. C’est un désir profond d’exprimer. De partir d’un point sur une page blanche pour aller vers des formes plus ou moins complexes avec ce médium aux effets insoupçonnables qu’est la couleur.

Peindre c’est voyager, rencontrer des gens qui aiment ou qui détestent, mais qui je l’espère ne sont jamais indifférents. Peindre, c’est transmettre quelque chose d’essentiel que l’on ne connait pas à priori mais que l’on reconnait quand on l’a trouvé.

Peindre c’est partager des émotions

C’est tout cela que je veux faire avec vous que je connais, ou que je ne connais pas encore. J’ai besoin de vous rencontrer, c’est pourquoi je peins.