L’œuvre d’art en tant qu’œuvre

origine de l'eouvre d'art

2ème partie d’extraits de la conférence de Martin Heidegger.

L’œuvre d’art est toujours prise dans un rapport avec autre chose et n’est pas saisie à partir d’elle même: elle est soit considérée comme être-produit par l’artiste, soit en tant qu’être-objet pris en charge par le marché de l’art (Kunstbetrieb)

Mais est-il possible de comprendre une chose à partir d’elle-même, en dehors de tout rapport? Car la compréhension reste une forme de rapport.

La tentative d’extraire l’œuvre de tout rapport ne vise-t-elle pas à rencontrer directement l’essence de l’œuvre elle-même?

Assurément, car alors, l’œuvre se manifestera (offenbarsein) en tant qu’œuvre.

L’œuvre signifie l’être-manifesté (Offenbarsein).

Toute la question est de savoir ce que veulent dire ici manifestation et ouverture (Öffentlichkeit).

On entend par là le lieu où l’œuvre « fait effet » (« wirkt), où elle est portée à se tenir dans l’ouvert. ( ins Offene hinaussteht ).

Celui-ci n’est rien de palpable que l’on puisse atteindre, comme une lettre atteint son destinataire.

Au contraire, dans l’être-manifeste de l’œuvre s’obtient pleinement ( erwirkt sich), pour la première fois l’ouverture de l’œuvre .

Et là où cette ouverture a lieu, l’oeuvre détruit tout rapport.

Et c’est à cette capacité de destruction que se mesure la grandeur d’une œuvre d’art.

De l’origine de l’oeuvre d’art (1ère partie)

de l'origine de l'oeuvre d'art

Fragments de textes tirées d’une conférence de Martin Heidegger intitulée

DE L’ORIGINE DE L’ŒUVRE D’ART

Il ne s’agit pas de résoudre l’énigme de l’art mais seulement la montrer.

L’ « origine » dont il est question ici se résume plus simplement à la « cause de la présence des œuvres d’art ».

L’être de l’œuvre est déterminé par ce à partir de quoi l’œuvre trouve le lieu où se fonder.

Et ce fond seulement est l’origine de l’œuvre d’art, ce qui fait son essence et sa nécessité.

Cette origine ne se trouve pas dans l’artiste.

L’origine de l’œuvre d’art est l’art.

L’art n’est pas, parce qu’il y a des œuvres;

mais au contraire, ce n’est que par et pour autant que l’art advient que l’existence des œuvres est rendue nécessaire.

Et ce qui rend nécessaire l’œuvre est le même fond qui rend possible l’artiste.

Extrait du Banquet de Platon

banquet de platon

Extraits du dialogue Diotime – Socrate du BANQUET de PLATON (205b) sur les effets de l’amour.

Quels avantages l’Amour procure-t-il aux hommes?

Celui qui est amant des belles choses, qu’aime-t-il?

– Qu’elles deviennent siennes.

Et qu’en sera-t-il pour celui à qui il arrivera que les choses bonnes soient devenues siennes?

– Il sera heureux.C’est en effet par la possession des choses bonnes que les gens heureux sont heureux.

Ce souhait et cet amour, penses-tu qu’il soit quelque chose de commun à tous les hommes et que tous souhaitent une perpétuelle possession des choses bonnes?

–   C’est aussi mon avis, répondis-je: ils sont quelque chose de commun à tous les hommes.

Puisqu’il en est ainsi, pourquoi, Socrate, de tous, ne disons-nous pas qu’ils aiment? Oui s’il est vrai que des mêmes choses ils soient tous et toujours amoureux? pourquoi au contraire, disons-nous de certains qu’ils sont amoureux, et ne le disons-nous pas de tels autres?

  • Je ne suis pas, moi aussi sans m’en étonner! répliquai-je.

Eh bien! dit-elle, il ne faut pas que tu t’en étonnes. Après avoir en effet, tu le vois bien, mis à part une certaine forme d’amour, nous l’appelons amour, en lui attribuant le nom de l’ensemble; tandis que pour les autres formes nous avons recours à d’autres dénominations.

  • Qu’y a-t-il de comparable? demandais-je.

Voici. Tu sais fort bien quelle multiplicité de sens à l’idée de création. Sans nul doute en effet, ce qui est cause de son passage de la non existence à l’existence, est dans tous les cas une création.

-Tu dis vrai!

Cependant tu sais fort bien, reprit-elle, que néanmoins on ne les appelle pas créateurs mais poètes.

  • Tu dis vrai! fis-je.

Et maintenant il en est de même dans le cas de l’amour. D’une façon générale, tout ce qui est désir des choses bonnes et du bonheur, c’est cela qu’est Amour. Les uns qui, de maintes façons différentes s’orientent vers lui, que ce soit dans le domaine des affaires ou dans celui d’un penchant, soit pour les exercices du corps soit pour la culture de l’esprit, on ne dit pas d’eux qu’ils aiment, on ne les appelle pas des amoureux, tandis que les autres, dont les démarches, dont le zèle s’ordonne à une unique forme, ce sont eux qui retiennent le nom de tout, amour, eux dont on dit qu’ils aiment, qu’on appelle des amoureux.

  • Il se peut fort bien, dis-je, que tu sois dans le vrai!

Sans doute, poursuivit-elle, il y a une doctrine d’après laquelle ceux qui cherchent la moitié d’eux-mêmes, ce sont eux qui aiment. Ma doctrine à moi affirme que l’amour n’est amour ni d’une moitié ni d’un entier, à moins que de quelque manière, camarade,  ils ne soit justement une chose bonne! Car ce à quoi vont les aspirations de chacun, ce n’est pas je pense, à ce qui est à lui, à moins que ce ne soit le bon qu’on appelle propre et à soi, étranger au contraire le mauvais: preuve que rien, en vérité, hormis le bon n’est aimé des hommes! Est-ce à leur sujet, ton opinion?

  • Oui par Zeus! m’écrivais-je, quant à moi je n’en ai point d’autre!

Mais, reprit-elle, est comme cela tous uniment, qu’on parle de l’amour des hommes pour ce qui est bon?

  • Oui, dis-je.

Eh quoi? reprit-elle? Ne faut-il pas ajouter qu’ils aiment que ce qui est bon soit à eux?

  • Il faut l’ajouter.

Mais, dit-elle encore, non pas seulement qu’il soit à eux, mais qu’il soit à eux perpétuellement ?

  • Voilà ce qu’il faut encore ajouter.

En conséquence, conclut-elle, l’objet de l’amour, c’est dans l’ensemble, la possession perpétuelle de ce qui est bon.

– Rien de plus vrai que ce langage!

LA RÉALITÉ EST EN GRANDE PARTIE AFFAIRE D’HABITUDE

« Le physicien tient son monde pour réel, il attribue les suppressions, additions, irrégularités et accentuations des autres versions aux imperfections de la perception, aux urgences de la pratique ou à la licence poétique.

Le phénoménaliste tient le monde de la perception pour fondamental, et les suppressions, abstractions, simplifications et distorsions des autres versions résultent d’intérêts scientifiques, pratiques ou artistiques.

Pour l’homme de la rue, les versions des sciences, de l’art, et de la perception, s‘écartent du monde familier et commode qu’il s’est construit de bric et de broc avec des morceaux de tradition scientifique et artistique et où il lutte pour sa propre survie.

Le plus souvent, c’est ce monde qu’on juge réel; car la réalité dans un monde, comme le réalisme dans une peinture, est en grande partie affaire d’habitude. »

Nelson Goodman

la peinture abstraite est un symbole

Le tableau ci-dessus : acrylique sur toile 130cm * 162cm

n’est pas un vol d’hirondelle.

Mais à la manière du mime qui peut dépeindre un vol d’oiseau, ce tableau réfère à une danse entre trois hirondelles matérialisées par trois points , rouge, jaune et bleu, par un beau matin de printemps.

L’ART ABSTRAIT: UNE OSMOSE ENTRE MONDE EXTÉRIEUR ET MONDE INTÉRIEUR

« L’art abstrait comprend tellement d’idées et d’interprétations diverses que le peintre dit « abstrait » à tendance soit à refuser ce titre soit à le porter comme le costume imposé du condamné. […]
S’il s’agit du terme abstrait en tant que création pure d’un « objet » indépendant (Arp, Kandinsky, Mondrian) et qu’eux-mêmes ont nommé avec raison « concret ». […]
S’il s’agit du terme « abstrait » en tant que montée de l’inconscient (surréalisme).
La jeune école de peinture française dite « abstraite » ne me semble pas répondre à ces différents sens du terme.
Mais,
S’il s’agit d’ouvrir la réalité extérieure des choses pour laisser percevoir le monde intérieur qui s’y cache.
S’il s’agit de mettre à nu, par des moyens authentiquement plastiques, les équivalences spirituelles du monde extérieur et d’un monde plus intérieur et rendre ces correspondances intelligibles par transposition et transmutation. [….]
Peur-être alors, le terme « abstrait » correspondrait-il à plus de réalité à leur égard. »


Alfred MANESSIER (1911-1993).

Cozens, précurseur de l’art abstrait

cozens

CONNAISSEZ VOUS CE PRÉCURSEUR DE L’ART ABSTRAIT ALEXANDER COZENS NÉ À SAINT-PÉTERSBOURG EN 1717, MORT À LONDRES EN 1786.
Il compose des paysages par invention de taches. « La tache n’est pas un dessin mais un assemblage de formes accidentelles, d’après lesquelles on peut faire un dessin. »
Il a été influencé par les idées de Léonard de Vinci qui recommande aux artistes de rechercher l’inspiration à partir de taches sur les vieux murs.

Tentations monochromes

La ligne, dont la forme la plus élaborée est l’écriture, met toujours en oeuvre la pensée.

Hors la pensée, faite de conditionnements divers, peut être un obstacle pour appréhender l’essentiel du message poétique.

Regarder sans penser, donc sans préjuger, permet un accès plus direct.

La couleur, ouvrant l’espace, facilite le lâcher prise et l’accès à l’oeuvre.

Espace sensible pur, la couleur nous permet d’aller au delà du tangible.

Ne possédant aucun contenu formel, elle devient une piste d’envol vers un espace infini.

La lumière blanche du soleil, contient toutes les couleurs.

Le peintre voit parfois ses couleurs s’animer d’une volonté de puissance pour atteindre une prééminence, parfois absolue, c’est alors la naissance d’un monochrome.