La création pendant le confinement

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Création pendant le confinement.

Lion de tout, proche de l’essentiel.

Méditer.

Équilibre du thé vert.

Courir sur place sur le tapis du salon.

Bain de soleil sur le balcon.

Se perdre en dégustant un vin rouge opulent.

Spaghettis Bolognaise.

Créations numériques sur mon IPad.

Bain chaud dans la baignoire.

Se souvenir.

Parties d’échecs, de petites vies en miniature: naissance, lutte pour survivre, mort ou victoire.

Laisser fondre en bouche deux ou trois carrés de chocolat noir.

Faire des photos avec mon IPhone.

Allongé sur le tapis, écouter la musique de Max Richter.

Explosion iodée en bouche de mon whisky préféré.

Lecture.

Faire des photos-compositions sur mon IPad.

Musique sur Spotify.

Crayonner sur un carton.

Inspirer à fond, expirer à fond pendant cinq minutes.

Loin de mon atelier, inventer avec les moyens du bord,

Quelques tubes de gouache, quelques résidus de peinture acrylique.

Faire ce que je préfère: des taches.

Une série de créations que l’appelle Étants.

Ci-joint « Étant F ».

F comme….

Chacun mettra le mot qui lui parait juste.

Le confinement, une vie propice au jaillissement créatif.

HANTAÏ

« Les six toiles exposées, de la collection privée de la fondation Gandur, désormais partenaire du musée, représentent une partie de l’œuvre de l’artiste, entre 1951 et 1962. “On y voit bien l’évolution de la toile peinte jusqu’aux premiers pliages, qui deviendront l’expression majeure de Simon Hantaï”, décrit Sylvain Amic, le directeur de la Réunion des musées métropolitains. Après un bref passage auprès des surréalistes, en questionnement sur la place de l’abstrait dans le mouvement, Simon Hantaï développera effectivement ses propres recherches pour une peinture très gestuelle, puis de plus en plus à l’aveugle en utilisant les plis naturels de la toile. “Des jeunes peintres se sont ensuite référés à lui. Ils en parlaient comme de leur maître spirituel, comme Buren”, explique Daniel Hantaï, le fils de l’artiste, présent pour l’inauguration. »

 

À propos de Hantaï, je ne peux que vous recommander la lecture du chapitre de Daniel Sibony Psychanalyste: « Les entailles de l’autre-lumière » dans son livre FANTASMES D’ARTISTES dont je vous livre quelques extraits.

 

« Vous vous présentez dans la vie de façon nette et innocente, comme une grande toile blanche, et la rencontre de l’autre ou de l’évènement vous froisse… ensuite vous vous retrouvez aplati, non pas écrasé, mais plus ou moins mis à plat; puis vous êtes exposé à différentes lumières … qu’on vous passe dessus; enfin, au bout d’un certain temps, vous commencez à vous redresser, vous déplier, vous déployer, comme sous l’effet d’une résilience, d’un rappel à la vie; alors vous entrez dans le champ de Hantaï, vous êtes à l’image d’une de ses oeuvres. »

« S’affirmer dans sa brisure même est un des secrets de l’humain. La plupart s’affirment malgré elle, rarement par elle, d’autres ignorent qu’ils sont brisés, c’est le clivage. Ici, c’est une affirmation lumineuse non pas de soi mais d’un soi en dialogue avec son autre; l’autre, c’est le refoulé qui revient mais qui est blanc: son existence suffit, et surtout son retour, qui porte le reste et le rend plus éclatant. »

«  Il est clair qu’entre pliage et déploiement, c’est une vaste interaction, un entre-deux dynamique et subtil, plein de bavures aléatoires qui rappellent à la vie. Entre les blancs du refoulé qui revient et les formes colorées, le tiers qui s’impose, c’est l’oeuvre elle-même, la Toile. »

« Hantaï se compare à Rothko dans l’impulsion de la démarche: faire éclater la lumière d’être ou l’être de lumière, en beauté. »

« Revenons en au fantasme de Hantaï. Dans un film sur lui, il explique sa fascination d’enfant pour les tabliers de sa mère, pour leur métamorphose à mesure qu’on les lavait, qu’on les repassait. Et il cite cette parole de sa mère: « Quand c’est bien fait, le travail, on peut prendre le tablier, on se regarde dedans, on se voit comme dans un miroir. » Ainsi aurait-il donc plié-déplié, les « tenues » de sa mère? ses habits, ses habitudes ou ses plis? Voilà qui peut parler à des analystes. La blanc serait-il la partie cachée de la mère, sa nudité? qui revient en force porter l’essentiel dialogue avec la lumière? Cela nous rapproche un peu plus de ce qui serait son fantasme. Déjà le geste majeur de sa peinture _ plier la toile avant de la peindre_ signifie: passer à l’acte l’existence du refoulé…..C’est une façon de respecter l’existence de l’interdit: il s’interdit de voir des parties de la toile, des parties qui sont cachées, puis soudain révélées, quand le peintre, passant sous la toile comme sous une tente, ou comme un enfant sous la jupe d’une mère cosmique, en ressort pour voir mieux, avec nous, l’émerveillement du refoulé qui se même au visible. Ce blanc qui revient structurer tout l’ensemble, nous l’avons perçu comme la nudité de la mère. Difficile de ne pas penser à Oedipe qui s’aveugle lui-même de l’avoir vu et même d’en avoir joui, de ces parties cachées de la mère. L’artiste, lui, prenant appui sur sur la richesse de la lumière s’attaque vaillamment au « tas plié » pour sortir vainqueur de l’épreuve. »

Bilan Art Shopping

bilan art shopping

Du 18 au 20 octobre 2019, j’ai eu l’occasion de participer pour la première fois à l’exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre. Cette rencontre dédiée à l’art numérique fut une expérience enrichissante à plus d’un titre.

A l’origine, cette exposition était un “test” pour mon travail en numérique. J’ai eu beaucoup de visites et de retours positifs, en particuliers de professionnels: “votre peinture se détache tellement de l’ensemble à cause de sa touche très personnelle”, “votre peinture est dans son époque et très moderne”, “c’est une peinture moderne et Pop”, “vous allez à l’essentiel par votre minimalisme”, “les couleurs sont magnifiques”.

L’exposition m’a également permis d’être repéré par trois galeries: une galerie milanaise, une autre galerie qui a souhaité exposer l’un de mes “nu-paysage” au Spectrum à Miami et enfin, une galerie parisienne que je rencontrerai début novembre !

Ce fut également l’occasion pour moi de faire de nouvelles rencontres et nouer des liens d’amitié avec d’autres peintres. Il y avait une très grande solidarité entre nous, en particulier pendant les moments un peu sportifs de l’accrochage et décrochage.

Trois œuvres ont été vendues: deux petits formats (“Cendrillon” et “Honey Moon”) et un très grand format (“Atteins à l’apogée du vide 1″).

Pour conclure, j’ai pu constater que l’art numérique plaît. Et que mon style PopArt qui est venu avec l’utilisation de l’IPad plaît également. Je vous donne donc rendez-vous l’année prochaine car la réservation a d’ores et déjà été faite mais cette fois-ci avec un stand plus grand!

Un “Nu-paysage” exposé à Miami

nu paysage

J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que le “Nu-paysage” qui figure ci-dessous a été repéré par un curateur d’art lors de l’exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre et sera exposé au Spectrum à Miami, une grande exposition d’art contemporain qui se tiendra du 4 au 8 décembre. A l’heure où je vous parle, l’œuvre est déjà sur le bateau en direction des USA 🙂

Je serai au Art3F de Bruxelles

ART3F

J’ai le plaisir de vous annoncer que je serai présent au Salon International d’art contemporain qui se déroulera à Bruxelles du 15 au 17 novembre prochain au Heysel Palais 1. J’y exposerai par le biais de la galerie madrilène VAN GOGH Art Gallery qui a sélectionné 3 de mes peintures acryliques :
– La pie sur le saule
– Carré Rouge et Blanc
– Fenêtre sur coeur

Interview de Norbert Engel (partie 4)

Parallèlement à tes œuvres selon un procédé usuel (tableaux sur toiles) tu t’es lancé dans la peinture par un moyen informatique

En peinture l’évolution du peintre correspond-elle à l’évolution des attentes du public ?

Pourquoi cette direction nouvelle ?

Est ce que la sensualité du pinceau de la peinture qui s’étale, ne te manque pas dans cette manière de travailler la couleur ?

Ces deux dernières questions me donnent l’occasion de répondre à la question « comment peindre? »

acrylique ou numérique?

Lors de ma visite de l’exposition à Beaubourg du peintre David Hockney en 2017 j’ai découvert la peinture sur IPad et j’ai eu envie de tester ses potentialités.

Il faut une période d’adaptation à l’outil, en particulier faire le deuil des sensations classiques de la peinture sur la toile qui n’existent plus.

Il y a aussi les fameuses taches qui ne tombent plus du ciel.

On n’a plus cette sensation d’espace à conquérir et d’appel face à une toile blanche.

En revanche la technique numérique apporte d’abord la possibilité d’avoir une palette de couleurs absolument illimitée avec mêmes des couleurs très vives.

De plus la possibilité de transposer directement toutes les couleurs naturelles existantes est un avantage extraordinaire, car le peintre classique ou bien se contente de couleurs pures et dans ce cas a une palette forcément limitée ou est obligé de faire des mélanges de teintes en fonction de règles précises.

Avec le digital on peut explorer des images qui existent au travers de fichiers numériques.

On peut faire des photomontages. Par exemple je vais faire une oeuvre numérique dont le titre sera « le fantôme de l’artiste ». J’y représenterai symboliquement l’artiste qui investit totalement son oeuvre. Pour ce faire je photographie le tapis de sol sur lequel ont été peintes un certain nombre de toiles. Sur ce tapis jonché de taches de peintures, vestiges de nombreux travaux de peinture, est posée une paire de chaussure du peintre.

Cette photo agrandie en grand format 130 *162 est collée sur un matériau dur et rigide comme l’aluminium ou sur une toile montée sur châssis et cette dernière, quand c’est bien fait, peut tromper l’ennemi comme on dit 🙂

Voilà entre autres le genre d’amusement et de fantaisies créatrices que permet le numérique.

Autre avantage pour l’amateur, c’est la possibilité d’acquérir l’oeuvre dans le format qu’il désire: S,M,L ou XL.

On peut travailler en édition limitée à 8 exemplaires, ce qui fait baisser le prix d’acquisition.

Si je me trouve en dehors de l’atelier par exemple, ou en voyage par exemple l’IPad est parfait, car il permet d’emporter avec soi toutes les couleurs du monde, bien plus que dans la plus riche des palette de peintre classique.

Les mains restent toujours propres, c’est un avantage non négligeable 🙂

Au niveau de la « Faktura » comme disaient les anciens, certains pourraient regretter l’absence de texture de la représentation.

En fait je vais tester lors de ma prochaine exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre le mois prochain les réactions du public. Ce sera une première!

Mais en aucun cas j’abandonnerais la toile pour l’IPad  et inversement.

Désormais, de la toile à l’IPad et de l’ipad à la toile, je suis, je peins.

Interview de Norbert Engel (partie 3)

Et voilà que dans la couleur, tu évolues vers le monochrome…

Est ce une nouvelle étape ?

 Ah, le monochrome?

Une étape? je ne dirais pas cela comme çà. je dirait

une tentation?

une impasse?

un défi?

un rêve?

un désir immense?

Cela me donne l’occasion de répondre à « pour qui peindre? »

Si j’étais seul au monde, je veux dire sans « autre », je ne peindrait que des monochromes.

Le monochrome est cet océan de bleu, ou de turquoise ou de rouge ou de blanc peu importe la couleur car je les aimes toutes.

le monochrome c’est l’infini à la portée de l’humain.

c’est l’unité

c’est une perfection.

 

la tentation de ne peindre que des monochromes est forte, mais j’ai peur du regard de l’autre qui pense que c’est du « foutage de gueule »

Mais au fait, pour qui je peins?

  • pour moi, pour éprouver une jouissance rhéologique et visuelle à étaler une couleur uniformément sur une énorme toile blanche?
  • pour l’autre qui me juge et qui va ou non, acheter l’oeuvre et donc, me donner la gratification que j’attends?
  • pour les deux mon général?

 

une impasse car effectivement, que peindre après le monochrome? J’en ai fait l’expérience: après avoir peint mon dernier monochrome de 1,80 par 1,80 qui n’était pas vraiment un vrai monochrome,  plutôt un camaïeux de beiges, cela a été ce que j’appelle « une interruption momentanée du programme. » Bridé que j’étais pas des croyances personnelles.

reprise des travaux en 2015: la traversée du monochrome. J’ai couvert cette même toile d’un jaune d’or et ai peint dessus le thème biblique de l’Arche d’Alliance.

suivi par une série de toiles à fond monochrome sur lequel une écriture personnelle a cherché forme.

« une lumière diffuse demande sa forme au néant » philosophie taoïste

« les hommes cherchent la lumière dans un jardin fragile où foisonnent les couleurs » Jean Tardieu

 

un defi. Considérant le monochrome comme la plus radicale élimination du sujet, j’aime cette réflexion de Motherwell: « il y a dans toute oeuvre un double aspect: un côté formel ou structurel et un côté littéraire ou lié au sujet. C’est en supprimant le second que l’on a le plus de chance de voir apparaître le premier, en mettant au jour une langue abstraite, universelle. »

 

un désir immense. Mi 2019 j’achète 7 grands châssis entoilés de la plus belle toile de lin.

Je les peins chacun aux 7 couleurs de l’arc-en-ciel.

Je passe plusieurs semaine à me laisser baigner par leur lumière respective.

La tentation est forte à nouveau de les exposer tels quels.

la même question revient

« pourquoi peindre? » mais cette fois non pas « pourquoi peindre plutôt que ne pas peindre », non, j’ai déjà répondu à cette question à savoir « parce que je suis un peintre et que l’art est un processus qui existe depuis la nuit des temps et donc je participe à ce processus et de ce processus parce que je suis peintre »

mais « pourquoi peindre des monochromes » et la réponse est:

«  je ne sais pas» « je suis, je peins et basta! »

Résultat des courses, j’ai recouvert 6 de ces magnifiques monochromes de taches tombées du ciel et cela fait de très beaux tableaux.

Je vais voir ce que je ferai du 7ème, et je me dis qu’un jour peut-être lorsque j’aurai reçu l’onction du public, je ne peindrai que des monochrome. 🙂

Interview de Norbert Engel (partie 2)

Peinture numérique abstraite

Tu ne t’es pas arrêté à cette première étape puisque de ce qu’il est convenu d’appeler du figuratif tu es passé à l’abstrait, dans des tableaux dont la particularité est toujours la grande présence des couleurs qui attrapent au vol le spectateur.

Pourquoi ce cap dans ta peinture ?

Ah, tu aussi tu parle de cap! Et heureusement tu ne parles pas de changement de cap 🙂

car pour moi il n’y a pas de dilemme figuratif ou abstrait.

ce que j’essaie de représenter ce qui me parait essentiel dans ce que je vois ou ressens c’est le « pour quoi » autrement dit.

Je peins d’une façon qui je l’espère aura un impact sur le spectateur.

Parfois je veux faire du figuratif parfois en abstractisant au maximum.

l’abstractisation pouvant être parfois une simplification des formes, une suppressions d’un maximum de détails qui ne me semblent pas essentiels, ou en supprimant parfois complètement les formes en utilisant uniquement la couleur.

l’abstrait chez moi part presque toujours de la nature ( ce que je vois, ce que je ressens, ce que je suis) à l’inverse des constructivistes ou de Mondrian par exemple, qui créent une réalité en fonction de rapports précisément définis par l’artiste et qui n’ont pas d’objet extérieur.

« le pourquoi je peins » pourrait peut-être se définir par une nécessité intérieure couplée avec une nécessité extérieure.

la nécessité intérieure est une énergie cachée qui se révèle de façon aléatoire et qui s’exprime par des taches.

Ou alors les taches sont des formes qui tombent du ciel et il me suffit de les coloriser plutôt que d’en inventer.

Lorsque je fais de l’abstrait l’aléatoire est important en ce qui concerne les lignes.

C’est surtout pour les couleurs que mes choix sont importants.

On pourrait dire que les lignes ou les forment tombent du ciel ou de mon inconscient et les couleurs montent de la mer ou de la terre, donc davantage de ma volonté et de cette union naît une création.

Donc la question abstrait ou figuratif est un faux problème.

Le vrai enjeu est d’arriver à faire une oeuvre comme disait Bazaine « qui soit incarnée »: « Que la sensation s’incarne dans une réalité immédiatement reconnaissable ou qu’elle s’incarne dans une réalité équivalente, il n’y a pas entre ces deux processus de création, de différence de nature ni même de degré. Le destin du monde ne se joue pas entre le figuratif ou l’abstrait, mais entre l’incarné et le non-incarné, ce qui est bien différent. » « l’incarné est ce rapport de contact entre le monde extérieur et intérieur, tandis que l’art désincarné qualifie l’art qui a perdu tout contact. » « Dans cette posture d’incarnation vis-à-vis du monde et de perméabilité, les formes que nous reconnaissons, et qui sont donc en nous. Ce n’est donc pas la nature que nous reconnaissons, mais une sensation, mais nous-même. »

J’adhère totalement à cette idée rejoignant de cette façon tous les peintres avec lesquels je me sens en parenté: Matisse, de Staël, Bazaine, et tous les expressionnistes abstraits américains jusqu’au peintres du Pop Art.

En fait tout art est abstrait dans la mesure où il n’est pas la nature, mais une contraction de la nature.

Toute création artistique est une création par un monde intérieur qui englobe le monde extérieur.

La création ou l’abstraction est une sorte d’empathie, une immersion dans le monde pour n’en retenir que les formes reconnaissables.

Interview de Norbert Engel (partie 1)

interview norbert engel

Norbert tu as commencé par peindre des nus, majoritairement des nus de femmes, aux traits de pinceaux de couleurs vives.
Puis tu t’es plus particulièrement attaché à des paysages, dont tu as saisi un instant de lumière ou aux contraire d’ombres, des objets du quotidien, des persiennes, des portes ou des objets singuliers, au contraire comme des valises de déportés exposées au musée de Budapest, des anges même …
A quoi attribues tu cette évolution ?

Le fait d’avoir peint à l’envi des corps de femmes pendant les 3 années de ma formation aux Arts Déco de Strasbourg, m’a fait ressentir que j’étais au plus profond de moi-même, peintre.
Mon maître Franck Helmlinger m’a vivement encouragé à continuer et à voler de mes propres ailes.
Peu de temps après, j’ai eu la chance de fréquenter le peintre Roger Dale avec qui j’ai travaillé quelques temps sur le motif du paysage en plein air.
Avec Roger et d’autres peintres nous avons réfléchi des heures et des heures sur les questions suivantes: « pourquoi peindre? », « quoi peindre? », « pour qui peindre? », « comment peindre », « qu’est ce que le style? »

Là, tu me poses la question des successifs « quoi peindre? ».

Le premier thème que j’ai choisi, c’était l’horizon.
Ce thème me touche profondément de façon irrationnelle. J’essaie de comprendre.
– la rencontre du ciel et de la terre: oui c’est très fort cette notion de rencontre. cette notion de « l’entre ».
– le ciel: oui très fort. Je pense au poème de Baudelaire: « qui aimes-tu homme énigmatique?… J’aime les nuages… qui passent… là-bas… les merveilleux nuages » J’ai passé toute mon adolescence à observer les métamorphoses des nuages et j’ai l’impression d’avoir emmagasiné dans ma mémoire tous les processus de métamorphoses que j’ai envie de restituer.
– la terre: non. c’est bizarre, sécheresse absolue de ce côté là la terre ne m’intéresse pas!

Ah, mais j’y pense, l’horizon c’est aussi, la rencontre du ciel et de la mer!
– la mer, là oui c’est énorme l’effet de la mer! Elle m’a terrorisé pendant de nombreuses années, évoquant le cauchemar de l’étouffement et de l’engloutissement. Ayant maintenant la chance d’habiter face à elle, j’ai pris le temps de maîtriser certains démons. Tantôt calme, chaude et accueillante, tantôt agitée, froide et inquiétante. Je profite de ses moments de calme pour la visiter, m’habituer progressivement aux situations de précarité qu’elle me fait découvrir, apprendre à composer avec elle, découvrir avec elle que le calme est le meilleur conseiller et que la panique est une création mortifère de l’esprit qu’il est possible de maîtriser progressivement. En osant m’y aventurer j’arrive à y trouver le calme, des sensations agréables, et découvrir l’union du lâcher-prise et du « garder le cap. »
Tiens, « Lâcher-prise tout en gardant le cap », voilà qui pourrait bien être ma définition du style en peinture 🙂

Et pour répondre à ta question:
A quoi attribues tu cette évolution ?
Je dirai que les différents thèmes qui se succèdent dans ma peinture sont peut-être la conséquence d’une prise de confiance en moi permettant ce lâcher-prise qui me donne envie de peindre ce que je vois.
Oui, je me sens un peintre de l’instant.
Je peins ce qui me touche en totale liberté.

Et c’est une transition toute trouvée avec la question suivante, car cette totale liberté fait que je ne suis pas préoccupé par la question du « que faire » du figuratif ou de l’abstrait, du décoratif ou de l’intello.
Cette liberté qui a pu être ressentie « comme un vide » par Hélion.
Chaque peintre se débat avec ses propres démons: certains ont peur de tomber dans le piège du décoratif ( composer un tableau comme le fleuriste fait un bouquet )

L’œuvre d’art en tant qu’œuvre

origine de l'eouvre d'art

2ème partie d’extraits de la conférence de Martin Heidegger.

L’œuvre d’art est toujours prise dans un rapport avec autre chose et n’est pas saisie à partir d’elle même: elle est soit considérée comme être-produit par l’artiste, soit en tant qu’être-objet pris en charge par le marché de l’art (Kunstbetrieb)

Mais est-il possible de comprendre une chose à partir d’elle-même, en dehors de tout rapport? Car la compréhension reste une forme de rapport.

La tentative d’extraire l’œuvre de tout rapport ne vise-t-elle pas à rencontrer directement l’essence de l’œuvre elle-même?

Assurément, car alors, l’œuvre se manifestera (offenbarsein) en tant qu’œuvre.

L’œuvre signifie l’être-manifesté (Offenbarsein).

Toute la question est de savoir ce que veulent dire ici manifestation et ouverture (Öffentlichkeit).

On entend par là le lieu où l’œuvre « fait effet » (« wirkt), où elle est portée à se tenir dans l’ouvert. ( ins Offene hinaussteht ).

Celui-ci n’est rien de palpable que l’on puisse atteindre, comme une lettre atteint son destinataire.

Au contraire, dans l’être-manifeste de l’œuvre s’obtient pleinement ( erwirkt sich), pour la première fois l’ouverture de l’œuvre .

Et là où cette ouverture a lieu, l’oeuvre détruit tout rapport.

Et c’est à cette capacité de destruction que se mesure la grandeur d’une œuvre d’art.