Bilan Art Shopping

bilan art shopping

Du 18 au 20 octobre 2019, j’ai eu l’occasion de participer pour la première fois à l’exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre. Cette rencontre dédiée à l’art numérique fut une expérience enrichissante à plus d’un titre.

A l’origine, cette exposition était un “test” pour mon travail en numérique. J’ai eu beaucoup de visites et de retours positifs, en particuliers de professionnels: “votre peinture se détache tellement de l’ensemble à cause de sa touche très personnelle”, “votre peinture est dans son époque et très moderne”, “c’est une peinture moderne et Pop”, “vous allez à l’essentiel par votre minimalisme”, “les couleurs sont magnifiques”.

L’exposition m’a également permis d’être repéré par trois galeries: une galerie milanaise, une autre galerie qui a souhaité exposer l’un de mes “nu-paysage” au Spectrum à Miami et enfin, une galerie parisienne que je rencontrerai début novembre !

Ce fut également l’occasion pour moi de faire de nouvelles rencontres et nouer des liens d’amitié avec d’autres peintres. Il y avait une très grande solidarité entre nous, en particulier pendant les moments un peu sportifs de l’accrochage et décrochage.

Trois œuvres ont été vendues: deux petits formats (“Cendrillon” et “Honey Moon”) et un très grand format (“Atteins à l’apogée du vide 1″).

Pour conclure, j’ai pu constater que l’art numérique plaît. Et que mon style PopArt qui est venu avec l’utilisation de l’IPad plaît également. Je vous donne donc rendez-vous l’année prochaine car la réservation a d’ores et déjà été faite mais cette fois-ci avec un stand plus grand!

Un “Nu-paysage” exposé à Miami

nu paysage

J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que le “Nu-paysage” qui figure ci-dessous a été repéré par un curateur d’art lors de l’exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre et sera exposé au Spectrum à Miami, une grande exposition d’art contemporain qui se tiendra du 4 au 8 décembre. A l’heure où je vous parle, l’œuvre est déjà sur le bateau en direction des USA 🙂

Je serai au Art3F de Bruxelles

ART3F

J’ai le plaisir de vous annoncer que je serai présent au Salon International d’art contemporain qui se déroulera à Bruxelles du 15 au 17 novembre prochain au Heysel Palais 1. J’y exposerai par le biais de la galerie madrilène VAN GOGH Art Gallery qui a sélectionné 3 de mes peintures acryliques :
– La pie sur le saule
– Carré Rouge et Blanc
– Fenêtre sur coeur

Interview de Norbert Engel (partie 4)

Parallèlement à tes œuvres selon un procédé usuel (tableaux sur toiles) tu t’es lancé dans la peinture par un moyen informatique

En peinture l’évolution du peintre correspond-elle à l’évolution des attentes du public ?

Pourquoi cette direction nouvelle ?

Est ce que la sensualité du pinceau de la peinture qui s’étale, ne te manque pas dans cette manière de travailler la couleur ?

Ces deux dernières questions me donnent l’occasion de répondre à la question « comment peindre? »

acrylique ou numérique?

Lors de ma visite de l’exposition à Beaubourg du peintre David Hockney en 2017 j’ai découvert la peinture sur IPad et j’ai eu envie de tester ses potentialités.

Il faut une période d’adaptation à l’outil, en particulier faire le deuil des sensations classiques de la peinture sur la toile qui n’existent plus.

Il y a aussi les fameuses taches qui ne tombent plus du ciel.

On n’a plus cette sensation d’espace à conquérir et d’appel face à une toile blanche.

En revanche la technique numérique apporte d’abord la possibilité d’avoir une palette de couleurs absolument illimitée avec mêmes des couleurs très vives.

De plus la possibilité de transposer directement toutes les couleurs naturelles existantes est un avantage extraordinaire, car le peintre classique ou bien se contente de couleurs pures et dans ce cas a une palette forcément limitée ou est obligé de faire des mélanges de teintes en fonction de règles précises.

Avec le digital on peut explorer des images qui existent au travers de fichiers numériques.

On peut faire des photomontages. Par exemple je vais faire une oeuvre numérique dont le titre sera « le fantôme de l’artiste ». J’y représenterai symboliquement l’artiste qui investit totalement son oeuvre. Pour ce faire je photographie le tapis de sol sur lequel ont été peintes un certain nombre de toiles. Sur ce tapis jonché de taches de peintures, vestiges de nombreux travaux de peinture, est posée une paire de chaussure du peintre.

Cette photo agrandie en grand format 130 *162 est collée sur un matériau dur et rigide comme l’aluminium ou sur une toile montée sur châssis et cette dernière, quand c’est bien fait, peut tromper l’ennemi comme on dit 🙂

Voilà entre autres le genre d’amusement et de fantaisies créatrices que permet le numérique.

Autre avantage pour l’amateur, c’est la possibilité d’acquérir l’oeuvre dans le format qu’il désire: S,M,L ou XL.

On peut travailler en édition limitée à 8 exemplaires, ce qui fait baisser le prix d’acquisition.

Si je me trouve en dehors de l’atelier par exemple, ou en voyage par exemple l’IPad est parfait, car il permet d’emporter avec soi toutes les couleurs du monde, bien plus que dans la plus riche des palette de peintre classique.

Les mains restent toujours propres, c’est un avantage non négligeable 🙂

Au niveau de la « Faktura » comme disaient les anciens, certains pourraient regretter l’absence de texture de la représentation.

En fait je vais tester lors de ma prochaine exposition Art Shopping au Carrousel du Louvre le mois prochain les réactions du public. Ce sera une première!

Mais en aucun cas j’abandonnerais la toile pour l’IPad  et inversement.

Désormais, de la toile à l’IPad et de l’ipad à la toile, je suis, je peins.

Interview de Norbert Engel (partie 3)

Et voilà que dans la couleur, tu évolues vers le monochrome…

Est ce une nouvelle étape ?

 Ah, le monochrome?

Une étape? je ne dirais pas cela comme çà. je dirait

une tentation?

une impasse?

un défi?

un rêve?

un désir immense?

Cela me donne l’occasion de répondre à « pour qui peindre? »

Si j’étais seul au monde, je veux dire sans « autre », je ne peindrait que des monochromes.

Le monochrome est cet océan de bleu, ou de turquoise ou de rouge ou de blanc peu importe la couleur car je les aimes toutes.

le monochrome c’est l’infini à la portée de l’humain.

c’est l’unité

c’est une perfection.

 

la tentation de ne peindre que des monochromes est forte, mais j’ai peur du regard de l’autre qui pense que c’est du « foutage de gueule »

Mais au fait, pour qui je peins?

  • pour moi, pour éprouver une jouissance rhéologique et visuelle à étaler une couleur uniformément sur une énorme toile blanche?
  • pour l’autre qui me juge et qui va ou non, acheter l’oeuvre et donc, me donner la gratification que j’attends?
  • pour les deux mon général?

 

une impasse car effectivement, que peindre après le monochrome? J’en ai fait l’expérience: après avoir peint mon dernier monochrome de 1,80 par 1,80 qui n’était pas vraiment un vrai monochrome,  plutôt un camaïeux de beiges, cela a été ce que j’appelle « une interruption momentanée du programme. » Bridé que j’étais pas des croyances personnelles.

reprise des travaux en 2015: la traversée du monochrome. J’ai couvert cette même toile d’un jaune d’or et ai peint dessus le thème biblique de l’Arche d’Alliance.

suivi par une série de toiles à fond monochrome sur lequel une écriture personnelle a cherché forme.

« une lumière diffuse demande sa forme au néant » philosophie taoïste

« les hommes cherchent la lumière dans un jardin fragile où foisonnent les couleurs » Jean Tardieu

 

un defi. Considérant le monochrome comme la plus radicale élimination du sujet, j’aime cette réflexion de Motherwell: « il y a dans toute oeuvre un double aspect: un côté formel ou structurel et un côté littéraire ou lié au sujet. C’est en supprimant le second que l’on a le plus de chance de voir apparaître le premier, en mettant au jour une langue abstraite, universelle. »

 

un désir immense. Mi 2019 j’achète 7 grands châssis entoilés de la plus belle toile de lin.

Je les peins chacun aux 7 couleurs de l’arc-en-ciel.

Je passe plusieurs semaine à me laisser baigner par leur lumière respective.

La tentation est forte à nouveau de les exposer tels quels.

la même question revient

« pourquoi peindre? » mais cette fois non pas « pourquoi peindre plutôt que ne pas peindre », non, j’ai déjà répondu à cette question à savoir « parce que je suis un peintre et que l’art est un processus qui existe depuis la nuit des temps et donc je participe à ce processus et de ce processus parce que je suis peintre »

mais « pourquoi peindre des monochromes » et la réponse est:

«  je ne sais pas» « je suis, je peins et basta! »

Résultat des courses, j’ai recouvert 6 de ces magnifiques monochromes de taches tombées du ciel et cela fait de très beaux tableaux.

Je vais voir ce que je ferai du 7ème, et je me dis qu’un jour peut-être lorsque j’aurai reçu l’onction du public, je ne peindrai que des monochrome. 🙂

Interview de Norbert Engel (partie 2)

interview norbert engel

Tu ne t’es pas arrêté à cette première étape puisque de ce qu’il est convenu d’appeler du figuratif tu es passé à l’abstrait, dans des tableaux dont la particularité est toujours la grande présence des couleurs qui attrapent au vol le spectateur.

Pourquoi ce cap dans ta peinture ?

Ah, tu aussi tu parle de cap! Et heureusement tu ne parles pas de changement de cap 🙂

car pour moi il n’y a pas de dilemme figuratif ou abstrait.

ce que j’essaie de représenter ce qui me parait essentiel dans ce que je vois ou ressens c’est le « pour quoi » autrement dit.

Je peins d’une façon qui je l’espère aura un impact sur le spectateur.

Parfois je veux faire du figuratif parfois en abstractisant au maximum.

l’abstractisation pouvant être parfois une simplification des formes, une suppressions d’un maximum de détails qui ne me semblent pas essentiels, ou en supprimant parfois complètement les formes en utilisant uniquement la couleur.

l’abstrait chez moi part presque toujours de la nature ( ce que je vois, ce que je ressens, ce que je suis) à l’inverse des constructivistes ou de Mondrian par exemple, qui créent une réalité en fonction de rapports précisément définis par l’artiste et qui n’ont pas d’objet extérieur.

« le pourquoi je peins » pourrait peut-être se définir par une nécessité intérieure couplée avec une nécessité extérieure.

la nécessité intérieure est une énergie cachée qui se révèle de façon aléatoire et qui s’exprime par des taches.

Ou alors les taches sont des formes qui tombent du ciel et il me suffit de les coloriser plutôt que d’en inventer.

Lorsque je fais de l’abstrait l’aléatoire est important en ce qui concerne les lignes.

C’est surtout pour les couleurs que mes choix sont importants.

On pourrait dire que les lignes ou les forment tombent du ciel ou de mon inconscient et les couleurs montent de la mer ou de la terre, donc davantage de ma volonté et de cette union naît une création.

Donc la question abstrait ou figuratif est un faux problème.

Le vrai enjeu est d’arriver à faire une oeuvre comme disait Bazaine « qui soit incarnée »: « Que la sensation s’incarne dans une réalité immédiatement reconnaissable ou qu’elle s’incarne dans une réalité équivalente, il n’y a pas entre ces deux processus de création, de différence de nature ni même de degré. Le destin du monde ne se joue pas entre le figuratif ou l’abstrait, mais entre l’incarné et le non-incarné, ce qui est bien différent. » « l’incarné est ce rapport de contact entre le monde extérieur et intérieur, tandis que l’art désincarné qualifie l’art qui a perdu tout contact. » « Dans cette posture d’incarnation vis-à-vis du monde et de perméabilité, les formes que nous reconnaissons, et qui sont donc en nous. Ce n’est donc pas la nature que nous reconnaissons, mais une sensation, mais nous-même. »

J’adhère totalement à cette idée rejoignant de cette façon tous les peintres avec lesquels je me sens en parenté: Matisse, de Staël, Bazaine, et tous les expressionnistes abstraits américains jusqu’au peintres du Pop Art.

En fait tout art est abstrait dans la mesure où il n’est pas la nature, mais une contraction de la nature.

Toute création artistique est une création par un monde intérieur qui englobe le monde extérieur.

La création ou l’abstraction est une sorte d’empathie, une immersion dans le monde pour n’en retenir que les formes reconnaissables.

Interview de Norbert Engel (partie 1)

interview norbert engel

Norbert tu as commencé par peindre des nus, majoritairement des nus de femmes, aux traits de pinceaux de couleurs vives.
Puis tu t’es plus particulièrement attaché à des paysages, dont tu as saisi un instant de lumière ou aux contraire d’ombres, des objets du quotidien, des persiennes, des portes ou des objets singuliers, au contraire comme des valises de déportés exposées au musée de Budapest, des anges même …
A quoi attribues tu cette évolution ?

Le fait d’avoir peint à l’envi des corps de femmes pendant les 3 années de ma formation aux Arts Déco de Strasbourg, m’a fait ressentir que j’étais au plus profond de moi-même, peintre.
Mon maître Franck Helmlinger m’a vivement encouragé à continuer et à voler de mes propres ailes.
Peu de temps après, j’ai eu la chance de fréquenter le peintre Roger Dale avec qui j’ai travaillé quelques temps sur le motif du paysage en plein air.
Avec Roger et d’autres peintres nous avons réfléchi des heures et des heures sur les questions suivantes: « pourquoi peindre? », « quoi peindre? », « pour qui peindre? », « comment peindre », « qu’est ce que le style? »

Là, tu me poses la question des successifs « quoi peindre? ».

Le premier thème que j’ai choisi, c’était l’horizon.
Ce thème me touche profondément de façon irrationnelle. J’essaie de comprendre.
– la rencontre du ciel et de la terre: oui c’est très fort cette notion de rencontre. cette notion de « l’entre ».
– le ciel: oui très fort. Je pense au poème de Baudelaire: « qui aimes-tu homme énigmatique?… J’aime les nuages… qui passent… là-bas… les merveilleux nuages » J’ai passé toute mon adolescence à observer les métamorphoses des nuages et j’ai l’impression d’avoir emmagasiné dans ma mémoire tous les processus de métamorphoses que j’ai envie de restituer.
– la terre: non. c’est bizarre, sécheresse absolue de ce côté là la terre ne m’intéresse pas!

Ah, mais j’y pense, l’horizon c’est aussi, la rencontre du ciel et de la mer!
– la mer, là oui c’est énorme l’effet de la mer! Elle m’a terrorisé pendant de nombreuses années, évoquant le cauchemar de l’étouffement et de l’engloutissement. Ayant maintenant la chance d’habiter face à elle, j’ai pris le temps de maîtriser certains démons. Tantôt calme, chaude et accueillante, tantôt agitée, froide et inquiétante. Je profite de ses moments de calme pour la visiter, m’habituer progressivement aux situations de précarité qu’elle me fait découvrir, apprendre à composer avec elle, découvrir avec elle que le calme est le meilleur conseiller et que la panique est une création mortifère de l’esprit qu’il est possible de maîtriser progressivement. En osant m’y aventurer j’arrive à y trouver le calme, des sensations agréables, et découvrir l’union du lâcher-prise et du « garder le cap. »
Tiens, « Lâcher-prise tout en gardant le cap », voilà qui pourrait bien être ma définition du style en peinture 🙂

Et pour répondre à ta question:
A quoi attribues tu cette évolution ?
Je dirai que les différents thèmes qui se succèdent dans ma peinture sont peut-être la conséquence d’une prise de confiance en moi permettant ce lâcher-prise qui me donne envie de peindre ce que je vois.
Oui, je me sens un peintre de l’instant.
Je peins ce qui me touche en totale liberté.

Et c’est une transition toute trouvée avec la question suivante, car cette totale liberté fait que je ne suis pas préoccupé par la question du « que faire » du figuratif ou de l’abstrait, du décoratif ou de l’intello.
Cette liberté qui a pu être ressentie « comme un vide » par Hélion.
Chaque peintre se débat avec ses propres démons: certains ont peur de tomber dans le piège du décoratif ( composer un tableau comme le fleuriste fait un bouquet )

L’œuvre d’art en tant qu’œuvre

origine de l'eouvre d'art

2ème partie d’extraits de la conférence de Martin Heidegger.

L’œuvre d’art est toujours prise dans un rapport avec autre chose et n’est pas saisie à partir d’elle même: elle est soit considérée comme être-produit par l’artiste, soit en tant qu’être-objet pris en charge par le marché de l’art (Kunstbetrieb)

Mais est-il possible de comprendre une chose à partir d’elle-même, en dehors de tout rapport? Car la compréhension reste une forme de rapport.

La tentative d’extraire l’œuvre de tout rapport ne vise-t-elle pas à rencontrer directement l’essence de l’œuvre elle-même?

Assurément, car alors, l’œuvre se manifestera (offenbarsein) en tant qu’œuvre.

L’œuvre signifie l’être-manifesté (Offenbarsein).

Toute la question est de savoir ce que veulent dire ici manifestation et ouverture (Öffentlichkeit).

On entend par là le lieu où l’œuvre « fait effet » (« wirkt), où elle est portée à se tenir dans l’ouvert. ( ins Offene hinaussteht ).

Celui-ci n’est rien de palpable que l’on puisse atteindre, comme une lettre atteint son destinataire.

Au contraire, dans l’être-manifeste de l’œuvre s’obtient pleinement ( erwirkt sich), pour la première fois l’ouverture de l’œuvre .

Et là où cette ouverture a lieu, l’oeuvre détruit tout rapport.

Et c’est à cette capacité de destruction que se mesure la grandeur d’une œuvre d’art.

De l’origine de l’oeuvre d’art (1ère partie)

de l'origine de l'oeuvre d'art

Fragments de textes tirées d’une conférence de Martin Heidegger intitulée

DE L’ORIGINE DE L’ŒUVRE D’ART

Il ne s’agit pas de résoudre l’énigme de l’art mais seulement la montrer.

L’ « origine » dont il est question ici se résume plus simplement à la « cause de la présence des œuvres d’art ».

L’être de l’œuvre est déterminé par ce à partir de quoi l’œuvre trouve le lieu où se fonder.

Et ce fond seulement est l’origine de l’œuvre d’art, ce qui fait son essence et sa nécessité.

Cette origine ne se trouve pas dans l’artiste.

L’origine de l’œuvre d’art est l’art.

L’art n’est pas, parce qu’il y a des œuvres;

mais au contraire, ce n’est que par et pour autant que l’art advient que l’existence des œuvres est rendue nécessaire.

Et ce qui rend nécessaire l’œuvre est le même fond qui rend possible l’artiste.

Extrait du Banquet de Platon

banquet de platon

Extraits du dialogue Diotime – Socrate du BANQUET de PLATON (205b) sur les effets de l’amour.

Quels avantages l’Amour procure-t-il aux hommes?

Celui qui est amant des belles choses, qu’aime-t-il?

– Qu’elles deviennent siennes.

Et qu’en sera-t-il pour celui à qui il arrivera que les choses bonnes soient devenues siennes?

– Il sera heureux.C’est en effet par la possession des choses bonnes que les gens heureux sont heureux.

Ce souhait et cet amour, penses-tu qu’il soit quelque chose de commun à tous les hommes et que tous souhaitent une perpétuelle possession des choses bonnes?

–   C’est aussi mon avis, répondis-je: ils sont quelque chose de commun à tous les hommes.

Puisqu’il en est ainsi, pourquoi, Socrate, de tous, ne disons-nous pas qu’ils aiment? Oui s’il est vrai que des mêmes choses ils soient tous et toujours amoureux? pourquoi au contraire, disons-nous de certains qu’ils sont amoureux, et ne le disons-nous pas de tels autres?

  • Je ne suis pas, moi aussi sans m’en étonner! répliquai-je.

Eh bien! dit-elle, il ne faut pas que tu t’en étonnes. Après avoir en effet, tu le vois bien, mis à part une certaine forme d’amour, nous l’appelons amour, en lui attribuant le nom de l’ensemble; tandis que pour les autres formes nous avons recours à d’autres dénominations.

  • Qu’y a-t-il de comparable? demandais-je.

Voici. Tu sais fort bien quelle multiplicité de sens à l’idée de création. Sans nul doute en effet, ce qui est cause de son passage de la non existence à l’existence, est dans tous les cas une création.

-Tu dis vrai!

Cependant tu sais fort bien, reprit-elle, que néanmoins on ne les appelle pas créateurs mais poètes.

  • Tu dis vrai! fis-je.

Et maintenant il en est de même dans le cas de l’amour. D’une façon générale, tout ce qui est désir des choses bonnes et du bonheur, c’est cela qu’est Amour. Les uns qui, de maintes façons différentes s’orientent vers lui, que ce soit dans le domaine des affaires ou dans celui d’un penchant, soit pour les exercices du corps soit pour la culture de l’esprit, on ne dit pas d’eux qu’ils aiment, on ne les appelle pas des amoureux, tandis que les autres, dont les démarches, dont le zèle s’ordonne à une unique forme, ce sont eux qui retiennent le nom de tout, amour, eux dont on dit qu’ils aiment, qu’on appelle des amoureux.

  • Il se peut fort bien, dis-je, que tu sois dans le vrai!

Sans doute, poursuivit-elle, il y a une doctrine d’après laquelle ceux qui cherchent la moitié d’eux-mêmes, ce sont eux qui aiment. Ma doctrine à moi affirme que l’amour n’est amour ni d’une moitié ni d’un entier, à moins que de quelque manière, camarade,  ils ne soit justement une chose bonne! Car ce à quoi vont les aspirations de chacun, ce n’est pas je pense, à ce qui est à lui, à moins que ce ne soit le bon qu’on appelle propre et à soi, étranger au contraire le mauvais: preuve que rien, en vérité, hormis le bon n’est aimé des hommes! Est-ce à leur sujet, ton opinion?

  • Oui par Zeus! m’écrivais-je, quant à moi je n’en ai point d’autre!

Mais, reprit-elle, est comme cela tous uniment, qu’on parle de l’amour des hommes pour ce qui est bon?

  • Oui, dis-je.

Eh quoi? reprit-elle? Ne faut-il pas ajouter qu’ils aiment que ce qui est bon soit à eux?

  • Il faut l’ajouter.

Mais, dit-elle encore, non pas seulement qu’il soit à eux, mais qu’il soit à eux perpétuellement ?

  • Voilà ce qu’il faut encore ajouter.

En conséquence, conclut-elle, l’objet de l’amour, c’est dans l’ensemble, la possession perpétuelle de ce qui est bon.

– Rien de plus vrai que ce langage!